bibliographie
la solitude des mourants (Norbert Elias, Christian Bourgeois Editeur, 1998)
Le tabou social qui entourait le domaine sexuel au XIVs. s’est déplacé vers la mort au XXe s.: cet essai sociologique de N. Elias a été édité en 82 en allemand. La dernière édition française date de 98: c’est un classique des sciences sociales.
Enterrer les morts est aussi significatif qu’apprivoiser le feu dans le développement de l’être humain; avec le port d’amulettes de «protection» (Vercors « Les animaux dénaturés »), ces trois critères consacrent notre «humanité » dans le règne « animal ».
Aujourd’hui, il n’y a plus de proximité entre les morts et les vivants; de «la communion des saints» chrétienne au culte des ancêtres animiste, l’espace sacré de l’»au-delà» a disparu au profit d’une mort privatisée, comme l’aboutissement du culte individualiste contemporain qui isole chacun d’entre nous jusqu’à la «solitude du mourant». L’expression des sentiments et surtout celle des émotions extrêmes n’est plus ritualisée comme autrefois: elle ne peut plus s’exprimer que dans le professionnalisme sophistiqué des milieux médicaux ou des services funèbres. Comme l’écrivait Emile Ajar, on ne trouvera bientôt plus le mot «amour» que dans les dictionnaires médicaux…
« Nous faisons partie les uns des autres » (p. 88) et la « solitude » sociale apparaît dans les lieux ou les statuts qui ne nous « permettent pas de rencontrer des êtres du type dont nous avons besoin ». Souvenons-nous des chambres à gaz et des prisons des dictateurs…(p.87)
Les mourants appartiennent encore à la communauté des vivants et ne devraient pas en être exclus… de leur vivant. Le sens d’une vie garde son sens jusqu’à la mort.